Apiculteur: innovation et création de valeur au coeur de la stratégie

Interview de Bernard Gaucher

Bernard Gaucher est installé depuis 27 ans comme apiculteur en Sologne, à Yvoy le Marron, à proximité de La Ferté Saint Aubain.

Avec actuellement 400 ruches, l’exploitation de Bernard Gaucher est représentative de l’agriculture en transition : c’est une entreprise dynamique, très innovante techniquement et commercialement. Son histoire correspond à une série de pivots stratégiques.

      Interview Bernard Gaucher

Pivot stratégique 1 : vers les circuits-courts

Bernard Gaucher a réalisé son premier pivot sur sa stratégie de commercialisation dès les premiers mois d’exploitation. Son « Etude Préalable à l’Installation »,  le business plan des entreprises agricoles, prévoyait de commencer par des ventes directes pour développer une trésorerie rapide, et de migrer ensuite progressivement vers les grossistes, c’est-à-dire les coopératives. Très rapidement, Bernard Gaucher a inversé la tendance et privilégié les circuits courts.

Aujourd’hui, ce choix lui permet de vivre convenablement en maîtrisant quatre modes de commercialisation complémentaires : un stand huit mois par an dans deux lieux touristiques, des salons gastronomiques, des épiceries fines et la vente directe à la ferme.

Pivot stratégique 2 : diversification continue

Les récoltes de miel ont chuté d’environ 70% en 30 ans. Parmi les causes, les pesticides, les aléas climatiques, et l’apparition de varroa, acarien qui se fixe sur les larves d’abeilles et passent leur vie réellement « sur leur dos » : elles aspirent la lymphe de leur hôte et pondent dans les alvéoles pour infecter les générations suivantes.

Pour améliorer la valorisation de sa production, Bernard a donc diversifié son offre. Il a diversifié ses lieux et périodes de récoltes, de manière à obtenir différentes sortes de miels : printemps, châtaigner, acacias… Il propose également une gamme de plus en plus large de produits transformés comme les pain d’épices, les nougats, le caramel au miel.

L’agriculture en transition : une dynamique d’innovation commerciale particulière de la vente en circuits courts

Comme de nombreux agriculteurs de la transition, Bernard Gaucher s’est laissé entraîner par la dynamique commerciale particulière de la vente directe. Régulièrement, les clients le questionnent pour savoir s’il propose des nouveautés. Ils lui font également des demandes. Passionné par son métier, il s’est pris au jeu : encore récemment, il a ajouté deux nouveaux produits à son assortiment : les savons et les bonbons au miel.

Pivot stratégique 3 : du miel de châtaignes à la relance d’une châtaigneraie

Depuis sept ans, avec sa compagne Mathilde Outters, ancienne artiste dramatique reconvertie à l’agriculture et à l’action sociale, Bernard Gaucher a entrepris une nouvelle orientation stratégique en créant un nouveau secteur situé en amont de son activité.

A force de fréquenter les châtaigneraies laissées à l’abandon dans les environs, Bernard et Mathilde ont décidé d’acquérir une parcelle et de relancer son exploitation. Cette opération est longue et complexe : âgés de plus de deux cent ans, les arbres doivent être élagués, le sol doit être fertilisé et entretenu, de nouveaux arbres doivent être plantés avec des variétés qui permettent d’étaler la production dans les saisons.

De plus, Bernard et Mathilde ont du faire face à un adversaire de taille. Le cynips, micro guêpe arrivée de Chine par le Japon et l’Italie, pond ses œufs dans les bourgeons, limitant ainsi la croissance et la production de fruits (jusqu’à 75% de pertes). L’effet est particulièrement délétère dans la mesure où rien ne stoppe la progression du cynips. En concertation avec les écologues, grâce à un financement régional, Bernard et Mathilde ont effectué trois lâchers de torymus sinensis, une autre micro-guêpe prédateur naturel du cynips, dans les environs. Ils pensent ainsi réduire la présence du cynips.

Aujourd’hui, Bernard et Mathilde commercialisent déjà des produits à base des châtaignes qu’ils récoltent : crème de châtaigne, nature, au miel de châtaigner et au praliné. Ils ont également planté et greffé plusieurs dizaines de jeunes châtaigniers qui commenceront à produire d’ici 5 à 6 ans. Ces nouvelles variétés seront plus résistantes au cynips. Dès que la production sera suffisante, ils produiront de la farine.

L’agriculture en transition : une dynamique de territoire

Encouragés par le dynamisme touristique en Sologne, Bernard et Mathilde ont installé une véritable salle d’exposition et d’enseignement sur les abeilles et l’apiculture. A l’occasions des visites de la ferme, les groupes d’adultes ou d’enfants découvrent toutes les étapes de la fabrication du miel. Ces animations culturelles donnent lieu à des ventes additionnelles.

Pivot stratégique 4 : les produits de soin, une niche de précision

La gelée royale est un autre produit de la ruche très prisé pour ses nombreux bienfaits (système immunitaire, peau…). Elle est cependant délicate à obtenir : très peu d’exploitations la produisent en France. Mathilde Outters a donc démarré très récemment cette activité.

Les abeilles ouvrières produisent de la gelée royale pour nourrir les larves qui deviendront les futures reines. L’enjeu est alors d’inciter les abeilles à élever de nombreuses reines : en effet, la quantité de gelée royale étant faible pour chaque larve, il faut disposer d’un grand nombre d’individus pour espérer récolter une quantité significative.Mathilde Outters a donc de sortes de ruches. Le premier type de ruche regroupe les ruches pourvoyeuses de larves qui seront nourrie à la gelée royale. Le second type de ruches dites « éleveuses » sont les ruches dans lesquelles les ouvrières nourrissent et élèvent ces jeunes larves.
Mathilde Outters prélève les larves des ruches pourvoyeuses pour les « greffer » dans des alvéoles artificielles: des amorces de cellules royales qui seront introduites dans les ruches éleveuses.
Par ailleurs, les ruches éleveuses sont aménagées de façon à isoler les abeilles éleveuses de leur reine. Celle-ci reste alors cloitrée  dans un côté de la ruche. Dans l’autre partie de la ruche, les abeilles se retrouvent ainsi « en état d’orphelinage ».
Ensemble, ces deux informations (grande cellule et situation d’orphelinage) indiquent aux ouvrières qu’il leur faut élever et nourrir ces futures reines à la gelée royale.
Au bout de 3 jours 1/2, juste avant que les larves en pleine croissance ne consomment la gelée royale, Mathilde Outters récolte des ruches éleveuses les alvéoles desquelles seront extraite la gelée en laboratoire.
Les différentes opérations liées à l’extraction et au conditionnement sont soumis à des règles strictes d’hygiène afin de préserver la gelée de tous risques de contaminations et d’oxydation. Après une période d’essai, Mathilde Outters évaluera la viabilité économique de cette activité stratégique.

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