A propos de l’Anthropocène

L’Anthropocène est le nom donné par certains scientifiques à notre ère géologique pour signifier que ce sont désormais les activités humaines qui sont à l’origine des évolutions climatiques.

L'Anthropocène : une nouvelle ère géologique dominée par l'humanité

L'Anthropocène : une nouvelle ère géologique dominée par l'humanité

Un glaçon détenteur de notre mémoire ?

On soupçonne depuis longtemps les activités humaines de modifier le climat[1]. Des carottes de glace extraites en Antarctique de l’Est en ont fourni les preuves. En 1965, un soir de forage raté en Terre Adélie, Claude Lorius[2] est en compagnie d’autres glaciologues. Il utilise un morceau de glace provenant de plusieurs centaines de mètres de profondeur comme glaçon pour l’apéritif. En fondant, la glace compressée libère des bulles d’air et fait pétiller le liquide comme du champagne.

Claude Lorius a alors l’intuition que l’air emprisonné pourrait contenir les archives de l’atmosphère. Grâce à de multiples coopérations internationales, des carottes mesurant jusqu’à 3 km de long sont extraites. Les scientifiques détiennent ainsi des échantillons d’atmosphère sur plus de 160 000 ans, soit au moins un cycle climatique entier (un mètre correspond à environ 80 ans). Ils découvrent que l’air récolté en un seul point du globe est bien représentatif de la composition de l’atmosphère car cet air porte les traces des événements géologiques passés, comme les irruptions volcaniques. Les échantillons permettent de reconstituer la courbe des concentrations en gaz carbonique. Ils permettent également d’estimer celle des températures : une première approximation est possible par l’observation, la taille des cristaux de glace diminuant avec la température qu’il fait au moment où la glace se constitue, et les isotopes donnent une mesure fiable. Les données collectées en Antarctique de l’Est sont donc pertinentes pour analyser les évolutions de la composition de l’atmosphère et du climat.

A partir de ces données, les résultats publiés dans la revue Nature en 1987 établissent la corrélation entre la concentration de gaz carbonique et la température : 200 parties par million durant les minima glaciaires, 280 en périodes interglaciaires jusqu’avant l’ère industrielle, plus de 380 aujourd’hui. La corrélation est également vraie avec la teneur en méthane. Comme nous la devons aux activités humaines, cette nouvelle ère géologique, qui succède à l’Holocène, est appelée Anthropocène.

Quand commence l’Anthropocène ?

Il existe deux grandes approches pour dater l’Anthropocène. D’après la première d’entre elles, l’Anthropocène est associée au développement inéluctable des populations humaines, et l’industrialisation moderne correspond à une accélération et non à une rupture. En effet, l’histoire de la vie sur Terre est celle d’une interaction permanente, et nous lui devons l’atmosphère et la température qui nous sont favorables. Comme tous les êtres vivants, les humains ont toujours laissé une empreinte. À partir des débuts de l’agriculture, les transformations provoquées par les humains sur les paysages et sur les autres êtres vivants deviennent plus remarquables. On retrouve ainsi des traces des premières espèces domestiques il y a environ 12000 ans, au Néolithique.

De nombreux scientifiques pensent ainsi que les dérèglements climatiques sont dus à l’accroissement démographique. Cette théorie, facile à illustrer par des courbes, correspond aux modèles malthusiens. Elle est utilisée par certains pour justifier l’industrialisation comme seule réponse possible aux besoins croissants des humains.

Cependant, selon la seconde théorie, la croissance démographique ne peut pas être utilisée comme seul facteur explicatif. Les modifications de l’atmosphère et du climat sont le fait d’une minorité d’êtres humains qui ont choisi des modes de vie qui reposent sur la consommation d’énergies fossiles et sur la production animale. Pour cette seconde thèse, l’Anthropocène commence avec l’industrie moderne, très locale et récente. Le développement scientifique et technique, le choix de fonder nos sociétés sur les énergies fossiles, ont déclenché les processus qui menacent aujourd’hui les conditions de vie pour tous les humains sur Terre :

« Depuis trois siècles, les conséquences des activités humaines sur l’environnement global sont en très forte hausse. En raison des émissions anthropiques de dioxyde de carbone, le climat dans son ensemble pourrait bien avoir été dévié de son comportement naturel pour de nombreux millénaires à venir. Il semble approprié de désigner par le terme « Anthropocène » l’époque géologique actuelle, dominée en bien des façons par l’homme, pour succéder à l’Holocène – la période chaude des 10-12 millénaires précédents. L’Anthropocène pourrait avoir pour point de départ la dernière partie du XVIIIè sicèle, date à laquelle les analyses de l’air prisonnier des glaces polaires montrent le début d’une augmentation des concentrations de dioxyde de carbone et de méthane à l’échelle du globe. Cette date coïncide également avec la conception du moteur à vapeur par James Watt en 1784. »[3]

Nous adoptons cette seconde approche. Nous sommes entrés dans l’Anthropocène et nous le devons à l’économie moderne[4], lorsque certaines sociétés humaines sont brutalement devenues thermo-industrielles[5], il y a un peu plus de deux cent ans, et ont provoqué un changement de trajectoire de notre climat. Seule une partie de l’humanité est responsable, d’autres choix étaient et demeurent possibles.

Notes

[1] Vernadski, V. I., 1945, The Biosphere and the Noosphere. American Scientist, 33, p.1-12.

[2] Lorius, Claude and Laurent Carpentier. 2011. Voyage dans l’anthropocène. Cette nouvelle ère dont nous sommes les héros. Actes Sud. p.37-38, 59

[3] Crutzen, P. J. 2002. Geology of mankind. Nature, 415(3).

[4] Traduction libre de Paul Crutzen, 2002. « Geology of mankind. » Nature 415(3). ; For the past three centuries, the effects of humans on the global environment have escalated. Because of these anthro- pogenic emissions of carbon dioxide, global climate may depart significantly from natural behaviour for many millennia to come. It seems appropriate to assign the term ‘Anthropocene’ to the present, in many ways human-dominated, geological epoch, supplementing the Holocene — the warm period of the past 10–12 millennia. The Anthropocene could be said to have started in the latter part of the eighteenth century, when analyses of air trapped in polar ice showed the beginning of growing global concentrations of carbon dioxide and methane. This date also happens to coincide with James Watt’s design of the steam engine in 1784.

[5] Les sociétés thermo-industrielles sont celles qui ont suivi la révolution industrielle fondée sur la chaleur des énergies fossiles et nucléaires (Alain Gras, 2007. Le choix du feu, Fayard.)

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